Hors sa fabuleuse capitale, la Tchéquie ne manque pas de lieux remarquables et singuliers. L’ossuaire de Sedlec (kostnice Sedlec) est un de ceux-là. Abrité dans la chapelle funéraire de Tous-les-Saints du monastère cistercien de Sedlec, il se situe dans les faubourgs de Kutná Hora à 80km au sud-est de Prague et possède une vraie particularité.

Si l’on fait abstractions des hordes de touristes sauvages qui s’y précipitent (les invasions barbares, c’est maintenant…), on découvre un lieu unique qui vaut largement ses quelques heures hors de la capitale.
Le temps de midi est idéal pour éviter la cohue…

Pour son origine, il faut remonter en 1278. Un père-abbé du monastère est envoyé en Terre sainte par Ottokar II de Bohême et en revient avec une poignée de terre provenant du Golgotha qu’il répandit sur la surface du cimetière. Une fois la nouvelle ébruitée, le cimetière de Sedlec devint un lieux d’inhumation prisé à travers l’Europe.

Au XIVe siècle, alors que la peste dévaste l’Europe, près de 30 000 victimes sont enterrées sur ces parcelles. Ce cimetière a accueilli par la suite 10 000 victimes des croisades, sans compter d’autres sépultures au fil du temps.

Après les guerres contre les Hussites, une partie du cimetière fut supprimée et les os entreposés près de la chapelle funéraire. Lorsque la population entreprend la construction de l’église gothique au XVe siècle, de nombreux os sont déplacés et empilés en pyramides au sein de l’ossuaire situé sous le nouvel édifice.

Les premières mentions d’une décoration de cette chapelle avec des os humains remontent au XVIIe siècle.

Entre 1700 et 1709, une reconstruction baroque de la chapelle est entreprise sous les ordres et sur les plans de l’architecte Jan Blažej Santini-Aichel.
La chapelle, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est le résultat de la restauration entreprise en 1870 par le sculpteur František Rint , commissionné par les princes Schwarzenberg de Worlik, alors propriétaires du cimetière.

Après avoir blanchi et sculpté les ossements, il en a confectionné des chaînes de crânes, destinées à orner les entrées et plafonds.
Puis, l’on suppose qu’il s’est pris au jeu…
Des calices et des croix constitués de hanches et de fémurs animent ça et là les murs de la chapelle et les autels.
Le blason de la famille d’aristocrates ayant financé ces travaux, reconstitué en ossements, pare un mur complet.
Un lustre monumental dont on dit qu’il est constitué de chaque ossements du corps humain constitue la pièce maitresse des lieux.
On estime à quarante mille le nombre de personnes dont les restes seraient conservés dans l’ossuaire.

 

Actuellement, le bâtiment subit une vaste et difficile restauration, incluant une nouvelle conception de l’entrée des visiteurs tout en préservant le fragile héritage  de ses ornements et sépultures…

L’idéal pour s’y rendre de Prague est  d’emprunter le métro (ligne C) jusqu’à la gare centrale (Hlavní nádraží) puis de prendre un billet jusqu’à Kutná Hora.
Pas besoin de prendre une ligne régionale supplémentaire, l’ossuaire est à moins d’un quart d’heure de marche et le chemin est bien indiqué par des marquages au sol. Il y a des trains toutes les heures entre Prague et Kutná Hora.

Comptez une à deux heures de voyage selon les correspondances éventuelles.
Kutná Hora vaut aussi la visite si vous êtes amateurs de l’Histoire médiévale. On y trouve entre autre d’anciennes mines d’argent qui peuvent être visitées.
Ne perdez quand même pas de vue les « invasions barbares » évoquées plus haut qui viendront vous pourrir la découverte…
Mais l’ossuaire à lui seul vaut largement cette exploration dans les terres de Bohème.

COMMENTS

No comments yet.